Moine de thérapie le jour, thumbnambulist la nuit

Moche, antipathique ou les deux

Pour la première fois depuis des années, je me suis fait aborder par un mec dans l'espace public. Le type arrive derrière moi, dis "bonjour" de la voix habituelle des dragueurs pénibles, je tourne la tête vers lui, son petit sourire et son regard lubrique disparaissent et il se casse immédiatement.

Moche, antipathique, ou les deux ?

Arriver à faire décoller un relou avec un simple regard, c'est un niveau de puissance auquel je ne pensais pas arriver un jour. Ça m'a rappelé les longues années passées à me faire aborder dans la rue par tout un tas de types plus ou moins gluants, plus ou moins alcoolisés, plus ou moins inquiétants. Ils devaient se dire que j'étais jeune, vulnérable et gentille. Et c'était vrai. Une proie facile, en somme, dans leur esprit prédateur.

Et puis progressivement, je suis passée dans la zone de l'invisibilité confortable. Quelle tranquillité. Outre le fait que je suis un peu moins jeune1 – ce qui je pense joue énormément – je suis aussi devenue beaucoup moins vulnérable. Par contre, je suis toujours gentille, ça, j'y tiens.

J'ai vu récemment une vidéo qui évoquait la prévenance agressive des gens qui vivent à New York, résumée par "kind, but not nice". C'est un mot d'ordre auquel j'adhère ; je m'attache à porter une attention authentique aux personnes qui m'entourent, mais je n'ai pas besoin d'être charmante pour le faire. C'est peut-être ça qu'il a vu, jojo la glisse, au-delà de mon âge, de mes cheveux fraîchement tondus, de ma gueule du dimanche, il a dû percevoir dans mon regard que je ne me sentirais pas contrainte de subir sa compagnie, pas obligée de rire à ses remarques, pas forcée de me faire petite pour le laisser parader.

Ça, j'aurais voulu l'apprendre beaucoup, beaucoup plus tôt.

  1. mon effrayé a sans doute cru mon dos plus jeune que ne l'est ma face.