Lectures 2026 : Écarlate de Christine Pawlowska et relecture de Printemps sombre de Unica Zürn
Écarlate est le récit, par une toute jeune adulte, de son enfance et de son adolescence, en tout cas une version, réelle ou fantasmée. C'est incandescent, parfois fulgurant, dès la première page.
"Jamais, jamais je ne deviendrai adulte. Ce n'est pas vrai. Ce n'est pas possible. Jamais je ne deviendrai comme ces écrasantes grandes personnes, qui oppressaient mon enfance par la sécheresse de leurs raisonnements."
"C'est ce qui perd les petits enfants. Un beau jour un mur leur renvoie leur amour disloqué et il se brisent contre lui."
Pourtant, dans l'ensemble, la lecture m'a laissée insatisfaite. Tout est allusif, mais il me semble qu'il manque quelque chose, un non-dit ou plutôt un impensé, un énorme éléphant invisible qui occupe presque tout l'espace.
C'est peut-être qu'il s'agit d'un écrit immature, le seul publié de l'autrice, un écrit qui tente de traiter de quelque chose qui reste encore inaccessible. En cela, il m'a rappelé ma lecture de Printemps sombre, d'Unica Zürn, que j'ai donc relu à sa suite. Deux livres, courts, brusques, presqu'aveuglants.
Printemps sombre me semble habité par les mêmes fantômes que Écarlate, mais tout y est plus explicite, notamment l'inceste. Pour autant, le texte me donne l'impression similaire d'une œuvre au fond de laquelle subsiste une béance, un irrésolu au-delà du point final.
Peut-être que cette béance est la même que dans Outrages de Tal Piterbraut-Merx, un récit qui touche à l'indicible, ce qui reste, malgré les mots, non dit.