Moine de thérapie le jour, thumbnambulist la nuit

Lectures 2026 : Iman Mersal, Comment réparer

On m'a offert récemment 2 livres traitant de la maternité. Une personne Parler avec sa mère de Maxime Rovère, une autre Comment réparer : la maternité et ses fantômes de Iman Mersal (trad. Richard Jacquemond).

Le premier m'est tombé des mains, à deux reprises. On sent que Maxime Rovère a envie de parler de sa relation à sa propre mère mais ne s'y autorise pas. Il met constamment en avant les tensions inhérentes aux diverses facettes du lien mère-enfant, mais sans rien conflictualiser (je me retiens de faire une interprétation mais vous me voyez sans doute venir). Bref, au lieu d'assumer sa subjectivité, on a le droit à un discours vaguement lénifiant – parsemé de références théoriques, certes – qui se veut généralisant tout en ignorant qu'il ne fait que parler de lui.

Le deuxième prend le contrepied de cette démarche. Le discours est profondément ancré dans la subjectivité de l'autrice, qui émaille son essai de poèmes, de dialogues avec ses enfants, mais aussi d'extraits d'œuvres qui font écho à sa réflexion singulière. Bon, il faut dire qu'elle a l'avantage indéniable d'être poétesse, pas philosophe.

On entre dans le vif du sujet avec le premier chapitre "Violence et maternité", qui s'ouvre sur un poème d'Anna Świrszczyńska ; une mère disant à son fœtus "je saurai me défendre". Cet essai, qui parle de la séparation entre la mère et son enfant est une sorte de masque pour évoquer la séparation subie et subite de l'autrice d'avec sa propre mère, lorsque celle-ci meurt à l'âge de 27 ans.

L'ensemble du livre est un peu décousu, ce premier chapitre ayant été publié seul sous la forme d'un article, auxquels se sont ajoutés ensuite le deuxième portant sur la perte par l'autrice de sa mère, le troisième contenant des extraits de son journal en lien avec son expérience de la maternité ; c'est seulement le quatrième et dernier chapitre qui permet au livre de trouver sa cohérence, mettant en lien la souffrance de sa grand-mère qui a perdu une enfant, sa souffrance d'orpheline de mère, et celle de ses fils, héritiers de cette histoire.

Le livre devrait s'appeler "Comment séparer", je crois.

"Ma grand-mère a élevé mes enfants avec moi, elle qui ne les a pas connus ; elle leur a raconté des histoires et chanté des chansons. […] Moi qui ne crois en rien, je mets en pratique tous ses rituels sans me poser de question, sans y voir la moindre incohérence, la moindre contradiction, comme si ma maternité était reliée à la sienne, existait avec elle, procédait d'elle. Nous avons vécu ensemble à l'ombre du même nuage sombre du deuil."