Lectures 2026 : Dahlia de la Cerda, Chiennes de garde et Selva Almada, Les jeunes mortes
J'ai lu à la suite Chiennes de garde, un recueil de nouvelles de Dahlia de la Cerda paru en 2022 au Mexique, et traduit en français par Lise Belperron, et Les Jeunes mortes de Selva Almada, un roman documentaire paru en 2014 en Argentine et traduit en français par Laura Alcoba.
J'ai lu Chiennes de garde car j'ai entendu plusieurs fois du bien du dernier roman de Dahlia de la Cerda, Mexico Médée, que j'ai hésité à acheter. J'avais renoncé car ça a l'air très violent et je me suis dit que le format nouvelles, que j'affectionne particulièrement, serait peut-être plus digeste. Et puis ses livres sont présentés à côté de ceux de Mariana Enriquez, que j'adore, et je suis une personne suggestible.
Les récits sont souvent puissants, de Persil et Coca-Cola qui raconte un avortement, à La Huesera, confidences d'une jeune femme à son amie assassinée. Les narratrices des treize nouvelles s'expriment à la première personne, avec beaucoup d'humour et un regard cru sur leurs vies et, souvent, nous interpellent. Certains récits s'entrelacent, tissent les destins croisés de plusieurs femmes.
Ma réserve tient au fait que tout est très brut, on est collé au réel – et le réel dont il s'agit ici est fait de violence, de meurtre, de viols et de torture. Pour revenir à la proximité des autrices sur les tables de libraires, je crois que l'aspect fantastique de la plupart des nouvelles de Mariana Enriquez me permet de supporter la violence sous-jacente au récit, sans la minimiser, simplement on s'élève un peu au-dessus de la réalité.
Et ce n'est sans doute pas un hasard si ce qui m'a le plus marquée dans ces récits est une référence à une légende mexicaine, la Huesera, une vieille femme qui donne son nom à la dernière nouvelle. Dans ce texte, une paraphrase accompagnée d'une note de bas de page m'a fait découvrir Les Jeunes mortes, de Selva Almada. En fait, les deux autrices incarnent la Husera avec leurs ouvrages respectifs ; elle tentent de redonner leur liberté aux femmes dont la vie a été volée.
Le documentaire d'Almada se concentre sur trois féminicides non-élucidés, survenus en 1983, 1986 et 1988. Trente ans plus tard, encore quelques années avant que le mot féminicide ne passe dans le langage courant, elle débute une enquête. Elle mêle ses souvenirs – elle a grandi dans une ville proche de celle où l'une des jeunes femmes a été assassinée –, les témoignages de personnes qui ont connu les victimes, et même la divination pour former une sorte d'autopsie littéraire, politique et sensible de ces femmes.
Elle consulte une voyante pour l'interroger au sujet des jeunes mortes, María Luisa, Andrea et Sarita. C'est cette femme qui lui raconte l'histoire de la Huesera ; une vieille femme qui parcourt les montagnes et les déserts pour ramasser des os de loups, puis qui, avec ce qu'elle a glâné, compose un squelette qui redevient loup, s'enfuit et dans sa course se transforme en femme courant vers l'horizon. La Dame lui dit :
"Telle est peut-être ta mission : rassembler les os des jeunes filles, les recomposer, leur donner une voix pour les laisser ensuite courir librement quel que soit l'endroit où elles doivent se rendre."