Lame de fond
Deux fois en 3 jours (trois fois si on compte les interactions sur internet) je me suis embrouillée avec des gens, parfois des ami'es, parfois a priori du même avis que moi, au sujet de l'IA générative. Ça donne envie d'éviter le sujet.
Enfin, ce n'est pas de ces échanges dont j'ai envie de parler. Mais du fait que lors de la dernière interaction, j'ai réalisé que j'ai bien fait de m'éloigner du milieu des arts numériques au moment où je l'ai fait.
À l'époque on ne parlait pas encore de LLM partout, on n'en parlait pas tellement d'ailleurs. On n'en était pas à "t'as qu'à demander à Chat". On n'en était même pas encore à l'excitation autour des NFT, c'est dire.
À l'époque donc je travaillais à un nouveau projet collectif et assez vite je me suis rendue compte que la direction que l'on prenait ne m'intéressait pas tellement. J'avais envie de bidouiller, quand mes collègues avaient envie de gros ordinateurs qui tournent vite et fort, de casques à réalité virtuelle, d'imprimante 3D, de reconnaissance de mouvement, et si possible tout en même temps. J'aurais pu essayer de me battre pour infléchir le projet, mais je savais que c'était peine perdue. On ne parlait plus la même langue.
Moi j'aurais aimé diffuser de la voix avec des émetteurs radio bricolés, faire des spectacles discrets, légers à déplacer. Et ça, on sait bien que ça ne remplit pas des dossiers de demandes de subventions.
Dans toute pratique artistique, on est tributaire de ce qui brille au moment où l'on crée. Des mots-clés qui attirent l'attention et font vendre. Quand on a de la chance, ce qui brille correspond à ce qui a du sens. J'ai eu de la chance car ça m'est arrivé, on m'a donné la possibilité de faire les choses qui me plaisaient, d'expérimenter. Mais l'écart s'est creusé, insensiblement d'abord, puis de façon exponentielle.
Alors, parce que j'ai pu faire un autre choix, j'ai arrêté. Je n'imaginais pas, vraiment pas, ce qui allait déferler. C'est pour ça que je crois que j'ai bien fait de refuser d'être emportée par ce courant, au moment où je l'ai fait.