La maison
Hier soir j'ai pensé à quelque chose que je voulais écrire, mais le contenu de cette pensée s'est échappé et il ne m'en restait plus ce matin que la coquille.
Ça m'est revenu en entrant dans mon bureau : hier j'ai vu un enfant en entretien, K. Il est allé chercher sur l'étagère la grosse boîte jaune de LEGO, en forme de LEGO, la même que j'ai achetée pour le cabinet. Dedans il a trouvé une maison à moitié construite et la récupérée pour la terminer. J'ai pensé qu'il s'agissait de celle que J. avait construite avec moi, lors de notre dernière séance en mai 2025, celle dont on ne savait pas que ce serait la dernière. Ça m'a étonnée car je ne me rappelais pas l'avoir déconstruite ni avoir remis les pièces dans la boîte jaune.
K. a déclaré qu'il construisait une prison, alors j'ai sorti de la boîte toutes les briques dont je pensais qu'elles pourraient lui servir, il m'a remerciée. Il y avait moins de pièces dans la boîte que dans mon souvenir. K a voulu faire un toit, pour la prison, c'était difficile mais j'ai sorti des plaques plates qui, mises bout à bout, ont fermé son ouvrage.
Après son départ, je suis allée regarder dans le placard, la maison de J. y était, encore intacte dans le ziploc à son nom avec écrit "NE PAS TOUCHER". Je n'ai pas réussi à la déconstruire. J'ai vu les fleurs jaunes sur le perron, les caméras de surveillance "pour la sécurité", la sonnette, les radiateurs "pour avoir bien chaud l'hiver", et je n'ai pas pu.
En rentrant, je me suis remémorée cette phrase dans Moi, je laisse faire, je regarde les étincelles, d'Éric Didier : une enfant, face à sa mère prise dans un deuil qui la rend silencieuse, lui demande "Est-ce que tu préfères ton frère mort ou moi vivante ?".
Alors je me pose la question : est-ce que je préfère jouer aux LEGO avec K. bien vivant, ou bien le souvenir de J. et cette maison rêvée construite à 4 mains ?