Il y a un geai posé sur votre tête.
J'ai retrouvé ce texte, qui me plaît bien.
Apparemment je l'ai écrit en février 2015. Pourquoi après 6 ans écrire cette histoire qui date de 2009 ? Qu'est-ce qui en 2015 m'a rappelé ce moment ?
Peut-être le même mouvement qui me fait relire ce texte-là, aujourd'hui.
Fenêtre sur cour(s).
Il y a un geai posé sur votre tête. Dans la salle de classe, studio 107, ancien bâtiment, premier étage, les tables disposées en carré, les chaises en bois, les livres de Vinaver sagement posés. V. est assis face à nous mais je ne l’écoute plus, derrière lui les larges fenêtres donnant sur la petite butte devant l’école, les arbres nus, le rempart du fort Saint Irénée. Il y a un geai posé sur votre tête, j’ai envie de lui dire, votre crâne aux cheveux clairsemés, oui là-bas derrière, sur la butte, sur un arbre, sur la branche, un geai. Il est roux et bleu et noir et blanc, coloré contre le ciel trop pâle et les arbres trop froids et je me dis j’aimerais bien être à sa place. M’échapper par la fenêtre, hors du cours, hors de la classe, du studio 107, hors de ce mois de février qui suinte la tristesse.
C’est le mois de mai dans le studio 103, D. est assise à côté de moi. Je regarde ses ongles longs et jaunis par le tabac, elle a une Vogue éteinte entre les doigts. Elle regarde par la fenêtre, la butte les arbres, le ciel, se retourne et nous sourit ; roux les cheveux bouclés et les petits yeux bleu gris. Elle dit : «Je sais pas si on a le droit de faire ça mais moi j’aime pas rester enfermée, alors, on va dehors ?» Et on sort.
Lors de mon dernier déménagement, j'ai retrouvé l'appréciation que V. m'avait écrite, à la fin de ce workshop de février 2009. Dedans il disait en substance, et avec tact cependant, que c'était pas de la tarte de me diriger.
Un beau compliment, finalement.