Crochet I
En ce moment j'ai dans la tête une pelote embrouillaminée, je tire des fils qui me font penser "épisode dépressif", "burn out", "ah non en fait ça va, ça va, ça vaaa" ; et la pelote n'est pas plus démêlée.
Depuis le début, c'est-à-dire depuis que je réfléchis au soin psychique non plus seulement comme patiente mais aussi comme clinicienne disons, j'ai l'image du fil comme symbole de l'élaboration psychique. Broderie, tissage, maillage, ces métaphores me reviennent tout le temps. Elle parlent du travail intrapsychique, mais aussi intersubjectif ; du travail d'élaboration et du travail relationnel. D'ailleurs, mon mémoire pro était illustré en couverture du dessin Crochet I de Louise Bourgeois.
En ce moment, je crochète. Je ne sais plus quand ni pourquoi l'envie m'est revenue, je crois que c'était plutôt un besoin. Tous les soirs, et parfois même le matin,je fais les mêmes gestes. Le fil enroulé autour de l'index droit, pas trop tendu, pas trop lâche non plus, une maille serrée après l'autre. Je fais une couverture, je ne sais pas pour qui, pour le moment pour moi, car elle me recouvre progressivement les jambes à mesures que les rangs augmentent et que la pelote diminue. Je crois qu'il faudra en racheter, peut-être que j'ajouterai une troisième couleur à l'ouvrage.
Je fais avec mes mains ce qui me file entre les doigts.